Fontaines

Signification

Fontaine : Fons en latin, c’est la source ou la fontaine.

Source signifie le jaillissement.

Où se trouvent les sources ?

Le choix de la source se fait (en général) :

  • selon la distance par rapport à l’habitation : plutôt près des fermes, dans la cour
  • selon le débit : pour la lessive 5 litres par minute et par personne nécessaires
  • sur sa pureté : elle ne doit jamais tarir
  • sur le goût.

Entre 1958 et 1960, les fermes sont raccordées au réseau : c’est la fin de l’usage domestique des fontaines, et seules celles avec lavoirs sont conservées. Au début des années 50 on en dénombre encore beaucoup ; avec le remembrement on a détruit les talus qui abritaient les fontaines.
(aménagement du territoire : route de Keryar Plourin élargie et la fontaine Saint Budoc détruite entre 199 et 2002)

Sources sacrées
Soit la fontaine a déterminé un lieu de culte ; la fontaine entraîne la chapelle.
La chapelle est construite parfois au-dessus de la fontaine, si le fontaine est isolée, c’est que le culte a disparu (sauf exception). L’environnement de la fontaine est important. La fontaine (comme l’église et le calvaire) est orientée.

Quand les fontaines ont-elles été construites ?

1 – Fontaines et mégalithes

2 – Fontaines et habitat néolithique

Fontaines et sépultures de l’âge du bronze ; tumulus vers -2000 ; l’eau et la mort
Depuis l’époque proto-historique (néolithique et les 3 âges du cuivre du bronze du fer) : on a retrouvé près des fontaines de nombreux ex-voto en silex. Cultes naturistes

3 – Fontaines et stèles de l’âge du fer 

si la stèle est de caractère funéraire, la fontaine symbolise la régénérescence ou bien l’érection de la pierre marque l’importance culturelle (ou cultuelle) de la source.

4 – Les Gaulois
Voir Pierre Audin 1981 : catalogue des fontaines guérisseuses
Culte des eaux remontant à la proto-histoire. Les Gaulois croyaient les sources habitées par des esprits ( nymphes, naïades, ondines des Romains). La dévotion pour les sources était déjà présente avant l’arrivée des populations celtiques et avait pour sujet les rapports soleil/eau et ciel/terre.
La Saint-jean le 24 juin en l’honneur du soleil : l’eau au maximum de son efficacité
Sources associées aux pierres et aux arbres
Cultes naturistes revivifiés et absorbés par les Celtes ; puis les Romains.

À l’époque gauloise les « matrae » étaient la personnification des sources. Elles guérissaient toutes les maladies en particulier celles liées aux femmes (fécondité, stérilité, accouchement).
Souvent représentées plus tard par les trois Maries : les « mères » gallo-romaines sont devenues la Vierge ou les Trois Marie. Mais continuité des rites païens jusqu’à nos jours

5 – Les Celtes

6 – Les Romains (les Grecs…les naïades…)

7 – L’Église
Voir Paul Sébillot 1917 ; « le folklore de la France »

Les fontaines ont plusieurs origines :

  • Origine lointaine du culte des eaux : l’eau culte constant et universel
  • Origine merveilleuse des fontaines : Pouvoir magique ; divin
  • Origine cultuelle : christianisation des fontaines

L’eau purificatrice, le baptême : l’Eglise ne combat pas l’élément eau, mais les cultes païens qui y sont rendus.
L’église venue de Grande Bretagne détruisit d’abord les petits monuments au-dessus de sources
Puis leur donna un vocable chrétien au 6ème 7ème 8ème s : soit le nom du patron de la paroisse, soit celui de l’ermite proche, ou un nom se rapprochant de celui de l’ancienne divinité
On conserve les dates des fêtes païennes en leur substituant le saint, puis débute la christianisation de l’espace en construisant un sanctuaire à proximité, parfois même sur la source (Kerlanou).
Il y a un rapport constant entre la fontaine et le sanctuaire.
Au 7ème siècle Grégoire le Grand : « ne supprimez pas les fêtes et les sacrifices que les Bretons célèbrent en l’honneur de leurs dieux ; transportez-les seulement au jour de dédicace de l’église ou de la fête des Saints Martyr ». Mais les cultes païens demeurèrent souvent et furent l’objet de rappels et d’interdits voire de conciles. En 1620 Michel le Nobletz trouve encore en Armorique des « gens qui s’agenouillent devant la lune et ont une culte des fontaines »
Le recours aux sources se fait jusqu’au 19ème siècle.

8 – Fin du Moyen Age et époque classique

Origine monumentale des fontaines vers le 14ème : après le Traité de Guérande (1365) la Bretagne s’ouvre à l’art. Plusieurs styles pour les monuments des fontaines : gothique, renaissance, classique
Le gothique :

  • la fontaine adossée à l’édifice (sur le chevet de la chapelle)
  • la fontaine à mur plat creusé d’une niche
  • la fontaine en forme d’oratoire

Âge d’or des fontaines : 17ème
Comme les calvaires…richesse de la Bretagne du 15ème au 17ème grâce au lin….

Architecture

La fontaine ressemble à une véritable chapelle miniature avec son architecture, son saint dans la niche… Les fontaines sont là pour rappeler les épidémies, sur les lieux des miracles, à l’endroit où a débarqué le saint.
Aujourd’hui les témoins font partie d’un passé révolu.Il est encore plus difficile de connaître les constructeurs et de les dater. cela correspond parfois des artisans locaux,des tailleurs de pierres, parfois des spécialistes.
Les ateliers de sculpture, apparaissent vers le 15ème siècle.
Les fontaines sont commandées par de riches agriculteurs, des bourgeois ou nobles locaux. Ce sont des œuvres collectives auxquelles le peuple et les prêtres participait y compris de ses deniers.
Elles étaient construites en granite, ou en kersanton ou Kersantite (ce qui était plus rare car très cher). Du réemploi souvent, des remaniements.

Iconographie

Chaque fontaine était dédiée à un saint particulier ou à la Vierge.
Le saint était muni de ses attributs, sa vie légendaire, ses miracles ; les faits folkloriques principaux qui lui sont rattachés avec en plus des motifs et symboles religieux :

  • la croix ; le cœur avec la sphère surmontée d’une croix et l’inscription IHS 1ère fête du sacré cœur : 17 octobre 1685
  • La coquille
  • Une tête humaine

Quand se rend-on aux fontaines ?

On se rend aux fontaines individuellement ou lors des fêtes religieuses (comme le pardon dans la chapelle la plus proche). On peut également envoyer une « pèlerine » à sa place.
Les moments les plus propices sont le matin avant le lever du soleil ou le soir après le coucher, parfois la nuit. Le lundi, le vendredi et parfois le dimanche.
Le 24 juin était le plus recommandé : l’eau était considéré comme la plus efficace. C’est une date vénérée depuis l’Antiquité.

Dans quel but ?

  • puissance des fontaines sur les éléments : faire pleuvoir…
  • Dans le cadre de rites :guérison pour animaux (les chevaux notamment),rites pour les enfants ( marche, motricité, vigueur, maux d’yeux), et les rites de divination (oracles).
  • les femmes en particulier (l’eau, la vie, l’enfantement) : Saint Mathias à Lézérouté, 18ème : on vient se frotter à la stèle proto-historique de Lilouarn en Plourin, à mi-chemin entre la fontaine Saint Mathias et la chapelle pour avoir du lait en abondance puis on descend boire l’eau de la fontaine puis prier à la chapelle
  • Problèmes liés à la grossesse, l’accouchement la stérilité…(J’ai vérifié : il y avait bien une chapelle Saint Mathias à Ploudalmezeau, détruite, et Lezerouté ne se trouve pas loin de Lanlell…)
  • fontaines pour le mariage

Chaque saint guérit un mal déterminé ; certains sont polyvalents ; comme la Vierge
La spécialité thérapeutique est parfois inspirée par une assimilation entre le nom du saint et le mal qu’il guérit ; par exemple Notre Dame du Folgoat guérit les hémorragies (goat ou goad c’est le sang en Breton). Parfois la maladie a pris le nom du guérisseur : mal Saint-Laurent (eczéma). Parfois il y a analogie entre l’hagiographie du saint et sa spécialité : Saint-Hervé aveugle guérit le mal des yeux ; Saint-Eloi qui fut maréchal ferrant, protège les chevaux.

Comment ?

Pour guérir il faut avoir un contact direct avec l’eau :

  • par absorption +aspersion
  • par lavage de la partie douloureuse ou malade
  • par bain complet, surtout les enfants, pour marcher…
    Contact avec l’eau souvent en remettant sur soi un linge trempé dans le bassin de la fontaine jusqu’à ce qu’il soit sec (par exemple par les femmes enceintes pour une heureuse délivrance)

Offrandes et ex-voto :

  • monnaie pour attirer la bienveillance de la divinité ou du saint
  • matériel porté apporté après la guérison
  • pièces de monnaie, clous, épingles, ruban qui ont servi dans la pratique

Conclusion

  • L’eau fédératrice de vie et d’histoire
    Il faudrait d’autres études :
  • d’ordre géographique par l’étude géologique, la provenance des sources
  • d’ordre historique par les témoignages d’un culte pré-chrétien : présence de monnaies, d’un appareil gaulois, proximité de mégalithes …
  • d’ordre psychologique pour une étude symbolique de l’eau selon Jung et Bachelard
  • d’ordre anthropologique

Nostalgie des fontaines
Capital symbolique, Tourisme, Circuits et chemins de randonnée, Associations locales comme Tenzoriou Ploerin

Muriel d’après le mémoire de : Yvette Lavigne Fontaines saintes de Bretagne (Saint-Brieuc) UHB Rennes 1984 et la conférence de René Sanquer Aber Benoît Aber Ildut 1987