Les colonnes ou fourches de justice de Saint-Charles

Publié le 31 janvier 2018

Les colonnes de justice de Saint Charles

Seuls les grands seigneurs avaient autrefois le droit de haute justice

Depuis le 10ème siècle :

  • la basse justice concerne les délits mineurs liés à des problèmes de propriété foncière
  • La moyenne justice concerne les vols et menus larcins
  • La haute justice concerne les crimes, c’est elle est qui a le pouvoir de condamner à mort
    Et seuls le roi et les grands seigneurs avaient le droit de haute justice
    Ce qui confirme l’importance des seigneurs de Kergroadès
    Qui ont fait ériger ces colonnes au 16ème siècle ?

Les fourches patibulaires sont apparues au début du XIIe siècle. Les plus célèbres étaient celles de la prévôté de Paris : le gibet de Montfaucon, à la porte de Paris (au nord-est de la ville d’alors, proche de l’emplacement actuel de la place du Colonel-Fabien). Ce gibet avait été installé sous Philippe le Bel à l’instigation de son ministre et conseiller, Enguerrand de Marigny, qui y fut lui-même pendu après la mort de Philippe le Bel.

Au Moyen Age la justice se doit d’être visible (Saint Louis sous son chêne…)
La pendaison demeure la forme d’exécution la plus fréquente, à la vue de tous ; elle doit marquer les esprits et le cadavre reste accroché au gibet pendant des jours souvent.

Les fourches patibulaires étaient en général placées sur une hauteur, hors des villes, bourgs et villages, et ordinairement près d’un grand chemin et dans un lieu bien exposé à la vue des voyageurs afin d’inspirer au peuple l’horreur du crime.

Le nombre des piliers de justice des fourches patibulaires variait suivant la qualité des seigneurs qui les construisaient : seul le roi pouvait en avoir autant qu’il voulait, les ducs en avaient huit, les comtes six, les barons quatre, les châtelains trois et les simples gentilshommes hauts justiciers deux. Tout haut justicier devait posséder des fourches patibulaires qui manifestaient son pouvoir de justice.

L’archéologie judiciaire est récente en France. On commence à chercher les vestiges des potences gibets et autres fourches patibulaires.

Des colonnes sont en place à deux endroits dans le Finistère à Kerjean et à Plourin.
Kergroades se trouve actuellement en Brélès mais Brélès faisait partie de Plourin jusqu’en 1802.

Ces colonnes furent découvertes à Kerveat Hellès à Plourin en 1963 en morceaux avec piédestaux et pierres de couronnement dans un champ surélevé sur une parcelle appelée park ar justiciou.
Elles furent repoussées contre un talus bordant la route de Saint Charles à Kerinizan
Puis déplacées sur un terrain communal où elles se trouvent aujourd’hui
Restaurées et remontées en 1992 par un maçon de Plourin : Jean Pierre Le Ménec ; 5m de hauteur section des colonnes 25cmX25
Jean Mérien secrétaire de mairie aida beaucoup à les faire connaître.

Le coupable était jugé à Kergroadès distant de 2km environ
Puis le condamné encadré de 2 gens d’armes allait par les allées de Lilouarn et Streat Ledan vers la Chapelle de Saint Charles construite par les seigneurs de Kergroadès.
Un prêtre en avait la charge jusqu’à la Révolution en 1790
Là le condamné se confessait et entendait la messe.
Puis on le conduisait jusqu’aux colonnes de justice pour y être pendu.
Mais il est probable que les colonnes de justice avaient un rôle surtout dissuasif…
L’église elle-même répugnait aux exécutions capitales.

Muriel

Autre document

Les colonnes de justice de Plourin

GPS : 48°29’15 N 4°39’39 W
Accès : Sur la D68, allant de St-Renan à Argenton, dépasser le rond-point de Lanrivoaré et, quittant la route d’Argenton, prendre 2,5 km plus loin une petite route de campagne à droite face à la route menant au château de Kergroadez. (fléchage discret "Colonnes de Justice »). Le monument se trouve à 500 m en bordure gauche de cette route. Un vaste terrain permet d’y stationner et même d’y pique-niquer sous les ombrages.
En 1963, à l’époque où l’administration encourageait les communes à effectuer le remembrement de leurs parcelles cultivables, des travaux d’arasement mirent au jour plusieurs colonnes taillées dans un beau granite de l’Aler Ildut et couchées à l’intérieur des talus bordant plusieurs champs qui portaient tous sur le cadastre le nom de Goarem ar justisou (Champ des potences). L’endroit, situé entre les hameaux de Kervéat, Hellès et St-Charles, sur la commune de Plourin, n’était distant, à vol d’oiseau, que de 1,5 km du château de Kergroadez.

Jean LESCOP, montre le talus où il a découvert les éléments de colonnes
parmi de grosses pierres rassemblées là au moment du remembrement des parcelles.

A n’en pas douter, il s’agissait des restes du gibet lié à l’ancienne juridiction des marquis de Kergroadez. Ceux-ci jouissaient des droits de basse, moyenne et haute justice et pouvaient donc prononcer des condamnations à mort puis les faire exécuter par pendaison1.
Le monument, élevé en 1561 et agrandi au début du XVIIe siècle, avait été détruit à la Révolution.
Après consultation des historiens, et en comparant les vestiges découverts à des constructions analogues dont on possède des gravures, le plus connu étant le gibet de Montfaucon à Paris, il fut décidé en 1977 de reconstituer le monument à proximité2.
Les colonnes de justice ne se trouvent donc pas exactement à leur emplacement d’origine, mais 400 m plus à l’ouest, dans un lieu proche de l’ancienne chapelle St-Charles, où se confessaient les condamnés.
La reconstitution semble fidèle ainsi qu’en témoignent d’autres colonnes de justice situées au château de Kerjean, sur la commune de St-Vougay.

Les colonnes de justice de Kerjean

Les quatre piliers de justice encadrent les fourches patibulaires, construction de bois dont les traverses supportaient les corps des condamnés.

Ont-elles réellement servi ? Ou bien avaient-elles seulement un intérêt dissuasif ? Elles affirmaient en tout cas l’autorité seigneuriale et ce fut évidemment la cause de leur destruction.

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