Les Acadiens de Kergadiou (émigration de la famille Le Borgne)

Publié le 2 février 2018

Le 6 mars 1998
Première question : Je sais beaucoup de choses sur mes ancêtres en Bretagne ! Mais puisqu’il faut commencer quelque part, je commencerai par la famille de mon père.

Elle est partie en 1904 d’un lieu-dit, Restudo, tout près d’un hameau du nom de Saint-Péver à quelque 30 kilomètres au sud de Guingamp. Mon grand-père Jean-Marie était gendarme à la retraite pour cause d’accident. Ma grand-mère Marie-Jeanne Gautier était originaire de Plésidy tout près de Saint-Péver. La famille Gallais dont les origines ont été retracées jusqu’au 15e siècle est originaire des environs de Pordic (22). Mes ancêtres ont quitté Pordic au 18e siècle pour s’installer à Saint-Fiacre et à Saint-Péver.

La famille Leborgne, famille de ma mère, est partie en 1907 d’un très ancien manoir du nom de Kergadiou, qui se situe à mi-chemin environ entre Plourin et Lanildut, à l’ouest de Saint-Renan, non loin de la D68 qui mène à la mer.
. Tout près de ce manoir, se trouve un immense menhir, dont évidemment notre mère nous avait souvent parlé. Deux familles vivaient dans ce manoir : paysans, fermiers plutôt, ils vivaient très modestement pour ne pas dire pauvrement.

L’émigration fut pour ces deux familles, ainsi que pour la famille de mon père d’ailleurs, la solution à la pauvreté dans laquelle ils vivaient. Je vois que je viens de répondre, en partie du moins, à votre seconde question. Evidemment, le gouvernement du Canada a aussi contribué à leur décision de partir pour le Canada.

Celui-ci avait orchestré une énorme campagne publicitaire dans plusieurs pays d’Europe, dont la France, car il fallait peupler rapidement l’Ouest du Canada de crainte que les Etats-Unis se l’arrogent. Il y avait aussi le problème des écoles catholiques ou de l’enseignement religieux dans les écoles. Certains curés, dont l’Abbé LeFloch, ont vu dans l’émigration la solution à ce problème. Cet abbé a donc recruté en Bretagne des gens qui, sous sa direction, ont fondé le village de Saint-Brieuc (sic) dans les Territoires du Nord-Ouest dont une partie est devenue la province de la Saskatchewan en 1905.

Voilà pour les deux premières questions, je vous promets de vous envoyer la suite sans trop tarder. Je suis d’ailleurs très désolé du retard. À bientôt !

Le 9 mars 1998
Bonjour ! Suite à l’envoi de mon message il y a deux jours, j’ai pensé qu’au lieu de vous envoyer un second texte de renseignements par voie électronique, je pourrais vous envoyer par courrier ordinaire (c’est-à-dire par avion) un livre publié lors de la commémoration en 1979 de la fondation du village de Saint-Brieux en Saskatchewan. Vous y trouverez une mine de renseignements susceptibles de vous intéresser, y inclus des renseignements pertinents au sujet des familles Gallays (Gallais), Leborgne et L’Hénaff (famille de ma grand-mère maternelle). J’espère aussi que ce volume pourra vous suggérer d’autres pistes à explorer... s’il n’est pas déjà trop tard ! Comment dit-on au revoir en breton ?

20 mars 1998 Bonjour !
Suite à votre "invitation" à répondre aux autres questions 3 et 4 de votre document, je vais vous transcrire ce que mon frère, Maurice, a déjà écrit au sujet de l’arrivée de la famille de mon grand-père Leborgne. Ce texte est extrait du livre commémoratif sur Saint-Brieuc.

François Leborgne était natif de Plouguerneau, canton de Plabennec (Finistère) où il naquit en 1865. Plus tard, au moment où il émigra au Canada, il habitait avec sa femme, née Françoise L’Hénaff, et ses enfants, la ferme de Kergadiou en Plourin, canton de Ploudalmézeau.

En mai 1909 [F.G. : oui, je me suis trompé dans mes dates l’autre jour] François Leborgne, sa femme et ses enfants quittèrent la Bretagne pour se rendre au Canada. Ils étaient accompagnés de la famille de François Guéguen de Kergadiou également.

Mme François Guéguen, née Marie-Yvonne L’Hénaff, était la sœur de Mme François Leborgne. Les deux familles formaient un groupe de dix-neuf personnes et, en plus, il y avait Jean Thomas qui venait rejoindre ses parents, M. et Mme Joseph Thomas qui étaient venus au Canada en 1906.
François Guéguen et son beau-frère Joseph L’Hénaff étaient au Canada depuis 1907 où ils devaient prendre des concessions et bâtir des habitations pour accueillir les deux familles.

Le 3 mai, ils quittèrent Le Havre à bord du paquebot "Sardinian". Après treize ou quatorze jours de mer, ils débarquèrent à Grosse Ile dans le Saint-Laurent non loin de la ville de Québec où ils passèrent dix-sept jours. De Grosse Ile, ils se rendirent d’un trait à Melfort en Saskatchewan où ils arrivèrent les premiers jours de juin.
Ils étaient attendus à la gare par Joseph L’Hénaff qui était venu avec deux attelages de bœufs et deux charrettes pour les emmener à Saint-Brieuc ou, plus précisément, dans la région dite de Kermaria où Guéguen et L’Hénaff avaient chacun pris une terre en concession. Tout le groupe descendit au restaurant Fisher pour prendre un repas. Une fois le repas terminé, les bagages furent chargés dans les charrettes, les enfants et les femmes y montèrent, les jeunes gens et ceux qui étaient assez âgés pour marcher suivirent à pied. Ils se mirent en route et le soir ils atteignirent la ferme de Yves Rallon à Flett’s Spring, c’est à dire la ferme de Jack Foster qu’Yves avait louée. Ils avaient eu beaucoup de mal à s’y rendre. La piste n’était qu’une fondrière en maints endroits et les charrettes calaient jusqu’aux essieux. Il fallut par trois fois décharger les charrettes pour les sortir du bourbier. Pendant tout ce temps, ils étaient dévorés par les moustiques.
Le lendemain, ils se remirent en route pour l’ultime étape. Mme Honoré Gallais (Marie-Yvonne Leborgne) âgée de douze ans à l’époque se souvient qu’ils passèrent par la ferme de François Tinevez et, ensuite, arrivèrent chez Joseph Ronvel. Mme Ronvel leur fit un repas, mais il semblerait qu’elle eut un peu de mal à satisfaire tout ce monde, car ils étaient nombreux, et ils étaient sans doute affamés. Le repas terminé, ils se remirent en route et, le soir, arrivèrent dans la concession de François Guéguen où ce dernier avait construit une cabane. Au bout de quelques jours, tous ceux qui étaient en âge de travailler se placèrent ici et là dans les familles déjà établies depuis quelque temps dans la colonie.

François Leborgne fit enregistrer sa prise en concession du SE 19 41 19. En 1912, François acheta la première batteuse dans la région dite de Kermaria. Il eut également une scierie pendant quelques années. François fut adjoint pour la municipalité de Lac Lenore. Il fut également commissaire d’école pour l’école de Kermaria. François et Françoise Leborgne eurent une famille de huit enfants : Marie-Yvonne, François, Guillaumette, Jeanne-Yvonne, Jeanne, Clémentine, Joseph et Ernestine. François Leborgne est mort en 1954, âgé de 89 ans, et Françoise, en 1916, à 42 ans. Kenavo !

http://pharouest.ac-rennes.fr/e352009U/lycee/migration_rbe/tmoignag.htm

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