Pigeonniers

Publié le 24 mars 2018

Le colombier, un signe extérieur de richesse

D’après Yves Henry, Annales de Bretagne 1981, en ligne sur PERSEE

Pigeonnier/colombier synonymes maintenant
On parle de « colombier à pied » si les nids à boulin partent de la base jusqu’au sommet.
On parlait de « fuies » si le colombier se trouvait au sommet d’une tour.

L’élevage intensif de pigeons pour la consommation est devenu peu à peu symbole de rang social.
Les colombiers existent depuis l’Antiquité.
Il y a des zones privilégiées dont la Bretagne à forte densité nobiliaire et très jalouse de ses droits.

Les colombiers représentaient un véritable intérêt économique :

  • chair fraîche fine et agréable à l’époque où la viande était salée, fumée, séchée ; le colombier était un vaste garde-manger renfermant des centaines voire des milliers de pigeons
  • la fiente des pigeons, ou colombine, était un engrais de choix
  • fonction médicale aussi : chair offerte aux malades, aux convalescents ; et aussi utilisation dans les maladies des yeux notamment

Mais on assista à une prolifération des colombiers.
D’où une restriction progressive du droit d’édification :

  • très ancienne coutume jusqu’au 15ème siècle : il faut être seigneur, posséder une grande surface ; c’est assez vague
  • dans l’ancienne coutume de 1539 c’est à peu près la même chose
  • mais dans la nouvelle coutume de 1580 il faut posséder au moins 300 journaux de terre (150ha), il faut que la terre soit une terre noble, et son propriétaire lui-même noble, et que la terre soit d’un seul tenant.

Le colombier devenu le privilège de la noblesse en deviendra le symbole
C’est cette coutume qui prévaudra jusqu’à la Révolution. Mais l’application des textes fut assez lâche.
Des roturiers ont possédé des colombiers.

S’il y avait des nuisances reconnues, il existait certains droits de destruction des colombiers ; mais il fallait des compensations ; et il va de soi que les paysans, les principales victimes, ne pouvaient intenter de procès. Il y en eut cependant.
Des châtiments corporels étaient prévus en cas de capture ou de mort des pigeons qui ravageaient les moissons ; les Cahiers de doléances feront état de menace de « galère ».
Le colombier était donc un édifice détesté.
Ravages des pigeons dans les champs :

  • 1 pigeon mange 70g de grains/jour
  • 1 colombier contenait 2000 pigeons en moyenne !
    D’où les dégâts sur les semailles et les moissons !
    Dans la petite commune de Saint-Pern en Ile et Vilaine les Cahiers de doléances font état de 22 colombiers avec 1000 couples de pigeons chacun !

On comprend les revendications paysannes, dont les plus fortes eurent lieu au 18ème siècle, notamment lors de la Révolte des Bonnets rouges.
La Révolution a porté un coup fatal aux privilèges : la destruction des colombiers fut demandée ou du moins l’enfermement des pigeons une bonne partie de l’année. Mais du coup il fallait les nourrir et ce n’était pas rentable.
Ceux qui n’ont pas disparu sont devenus des bâtiments de ferme peu pratiques, ont servi de remise, de bar, de maison ; on a percé des fenêtres, créé un étage…

Les colombiers sont très intéressants pour comprendre sur quoi a dû se pencher la Révolution : sur des problèmes concrets du quotidien touchant le peuple.

A Plourin il reste trois beaux colombiers en place : celui de La Tour, celui de Kermaïdic, et celui de Kerizaouen.
La première photo est celle du pigeonnier de Kermaïdic
Les suivantes sont prises à l’intérieur du pigeonnier de La Tour

Muriel

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